Belgique : stop ou encore ?

26.05.2019 – 26.05.2020
Joyeux anniversaire !

Il y a donc un an nous nous rendions tous aux urnes lors des élections législatives fédérales.

Durant cette année écoulée nous avons eu droit au départ pour l’Europe de l’ancien Premier ministre Ch. Michel, un gouvernement fédéral en affaires courantes mené par Sophie Wilmes et dernier épisode en date, COVID19 oblige, un gouvernement fédéral fonctionnant depuis le 26 mars sous le régime des Pouvoirs spéciaux.

Avant cette parenthèse Coronavirus nous avons vécu pendant des mois au rythme lent du carrousel habituel, où impuissants, un peu fatalistes, nous assistions aux allées et venues de différents acteurs politiques convoqués au palais royal.
Dans le flou des zoom des journalistes de faction devant les grilles, on distinguait à peine le Roi agitant une vague main en direction du vide.
Nous avons écouté les déclarations anesthésiantes de ces acteurs, improvisant des discours abscons en version langue de bois 4 étoiles, tentant de nous faire croire à la possible éclosion d’un accord.
Arc-en-ciel ? Olivier ? Jamaïque ? Rouge romaine ? Violette ? Turquoise ? Vivaldi ? nous avons eu droit à toute la palette.

Une seule certitude mathématique s’imposait à nous avec, au Nord, le retour en force du Vlaams Belang et la NVA toujours en première place.
Ce n’est pas un petit mouvement de mauvaise humeur, une vague contestation passagère, un nuage qui se dissiperait rapidement.
Non, c’est du solide, bien ancré et comme un mauvais breuvage, le Vlaams Belang nouveau est arrivé.

Pas sur le fond, sur ce plan on ne change rien, toujours la même idéologie d’extrême droite et ses accents de violence.
Le changement radical se situe sur la forme et sur les moyens de communication : nouvelle direction, nouveaux cadres, tous très jeunes, maîtrisant parfaitement les outils de communication et plus particulièrement les réseaux sociaux où lors de ces élections le parti y a investi…. 400.000 euros !

Ce n’est pas nouveau, le marketing et la politique ont toujours fait bon ménage et cela quels que soient les partis.
Mais aujourd’hui avec les réseaux sociaux la manipulation de masse est bien plus aisée, bien plus rapide.
Les slogans et les raccourcis ont définitivement remplacés les débats.

Le 20.05.2020, le magazine « Investigation » de la RTBF consacrait un reportage sur le Vlaams Belang au titre évocateur, « Vlaams Belang, de la victoire à la menace ».

Un reportage édifiant à visionner, parce que nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas

Et aujourd’hui ?
Cela fait donc un an que nous avons voté et toujours pas de gouvernement.
Si la crise sanitaire a mis cette hypothétique formation quelques temps au frigo, le déconfinement progressif fait ressurgir avec plus de force, d’impatience et d’urgence la nécessité d’accoucher enfin d’un gouvernement.
Mais cette crise et sa gestion provoquent aussi des dégâts dans le monde politique avec de nouvelles tensions entre les partis, des cartes qui se redistribuent, une population avec de nouvelles attentes bien légitimes, des positions qui se radicalisent davantage.

Un très récent sondage sur des intentions de vote montre qu’en Flandre le Vlaams Belang (33) serait en train de prendre la première place juste devant la NVA (26), soit qu’ensemble ces deux partis récolteraient au Parlement flamand 59 sièges sur 118, tandis qu’à l’autre extrémité de l’échiquier le PVDA (PTB) attendrait 8,2 %.

Dans le même temps, en Wallonie, le PS et le PTB se renforceraient.

Ce ne sont pas les sondages qui nous gouvernent mais c’est une tendance qui annonce des lendemains de gueule de bois.

Alors, dans de telles conditions, dans un paysage aussi fracturé, divisé, aux valeurs totalement opposées depuis des années, qui peut encore croire décemment en un quelconque avenir de l’Etat Belgique ?

Nous entendons et nous lisons les calculs, les supputations, les pronostics de quelques politiques tant au Nord qu’au Sud qui tentent encore aujourd’hui d’échafauder un projet de gouvernement fédéral, comme une dernière tentative désespérée de réanimer un corps déjà sans vie.

L’horizon de nouvelles élections semble se rapprocher inéluctablement.

Mais,… comment peut-on imaginer raisonnablement de former un gouvernement pérenne, qui propose un projet d’avenir pour ce pays en se passant du VB et de la NVA, partis nationalistes, séparatistes, aux relents de racisme et de xénophobie, prônant une politique qui défend aussi, je cite « les valeurs chrétiennes de l’Occident » ?
On n’ose imaginer de quelles valeurs il s’agit,… décidément il y en aura toujours pour (re)partir en croisade.

Faut-il nous rappeler que l’idéologie et les méthodes du VB – et d’autres groupements sympathisants – nous renvoient directement aux heures les plus sombres de notre récente Histoire ?

Aujourd’hui, est-ce suffisant d’arborer le Triangle Rouge des « Territoires de la mémoire » ?
N’avons-nous pas aujourd’hui atteint un point de non-retour ?
Sommes-nous obligés d’accepter de vivre dans un Etat en partie gangréné par ces idéologies ?
Sommes-nous soumis à ce point ?
Sommes-nous obligés de subir ça ?

Dans cette « usine à gaz », dans ce labyrinthe inextricable nommé Belgique, ne devons-nous pas constater avec la raison et la lucidité que nous sommes dans une impasse totale ?
Et même si aujourd’hui nous n’avons pas de plan B, pas de projet, pas (ou si peu) de moyens, ne pouvons-nous pas imaginer malgré tout de prendre notre destin en mains, de larguer les amarres et construire un projet durable, un projet de femmes et d’hommes libres, animés de valeurs sociales, sociétales, humanistes, écologiques, ou le bien commun est notre quête ?

Ne pouvons-nous pas imaginer de bâtir un projet de société où il fait bon vivre, où règne la liberté d’expression, où la Culture ne dépend pas d’une idéologie et où la laïcité rassemble et enrichi la communauté.
Ne pouvons-nous pas imaginer construire un projet qui fait sens ?

Combien de temps allons-nous encore devoir supporter cette situation absurde et sans lendemain ?

Il ne s’agit pas de tomber dans une autre forme de nationalisme qui ne dit pas son nom.
Il ne s’agit pas de vouloir marcher au pas derrière un nouveau drapeau au rythme de tambours militaires.
Il ne s’agit pas de s’opposer à un autre Peuple, mais de dire à haute voix avec le poète « Il est grand temps de rallumer les étoiles »

Mais qui va porter un tel projet ?
Qui va avoir le courage et la force de sortir du bois et proposer un tel chemin ?
Qui va avoir le courage et la force de montrer et d’analyser la véritable situation économique de la Wallonie ?
Qui va avoir le courage et la force de monter au front et d’affronter tous les petits et grands intérêts particuliers ?
Qui va avoir la force de rassembler ?
Courage ou force ?
Sommes-nous découragés ?

Alors qu’il faudrait oser envisager d’autres pistes, d’autres voies… aujourd’hui nous lisons, nous entendons, que le Parti Socialiste, mené par Monsieur MAGNETTE et probablement sous l’œil très attentif de Monsieur DI RUPO jamais très éloigné de la tête du parti, n’exclut plus de négocier, sous certaines conditions, avec la NVA pour former un gouvernement.

Ainsi, après avoir critiqué haut et fort Charles MICHEL pour sa collaboration avec la NVA, voici que le PS se place sur les mêmes rails.
Incompréhensible ou faut-il y voir le signe d’un terrible aveu d’impuissance face au cul-de-sac Belgique ?
Alors que le PS est talonné par le PTB, qu’il sent de plus en plus son souffle sur sa nuque, cette option pourrait avoir de très lourdes conséquences sur une partie de son électorat qui ne pardonnera jamais ce reniement.

Suicide collectif, perte de crédibilité, cette farandole de poulets décapités menée par des aveugles risque de nous entraîner définitivement dans le fossé.

Alors, un autre projet pour la Wallonie,
Est-ce folie ?
Est-ce utopie ?
Est-ce possible ?
Est-ce juste ?

« Nos doutes sont des traîtres et nous privent de ce que nous pourrions souvent gagner de bon parce que nous avons peur d’essayer. » William Shakespeare

Yves Alié – 27.05.2020
Photo Unsplash / Jonathan Farber

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